•  

    La Bibliothèque de Mount Char en Nebalia : « La Bibliothèque de Mount Char est assurément un livre enthousiasmant, et un premier roman de très bon augure pour la suite. »


    votre commentaire
  • [Troisième post d'Al Robertson, traduit par ses soins. Encore un grand merci à lui.]

     

     

    Hugo Fist est une marionnette de ventriloque. Comme toutes les meilleures marionnettes, c'est un esprit très indépendant. Il a fait irruption dans Station : La Chute entièrement formé et a continué à remodeler le roman en fonction de ses propres besoins et désirs.

    Pour le créer, je me suis inspiré de nombreuses autres marionnettes. Certaines d'entre elles m'ont donné une meilleure compréhension de Fist et de sa relation avec Jack Forster, son homologue humain. D'autres m'ont aidé à imaginer ce que cela signifie d'être une personne de petite taille en bois dans un monde (principalement) humain.

    Voici quatre de mes préférées :

     

    1) Hugo Fitch, Au cœur de la nuit

     

    Hugo Fitch m'a hanté pendant des décennies. C'est le personnage d'un des segments du film d'horreur à sketches de 1945, Au cœur de la nuit. Tout le film est formidable, une succession de frayeurs merveilleuses, évocatrices et subtiles, mais la partie dans laquelle nous rencontrons Hugo se distingue vraiment.

    Tout d'abord, un bref résumé. Maxwell Frere est un jeune et brillant ventriloque. Il a une relation difficile avec sa marionnette, Hugo Fitch. Professionnellement, tout se passe très bien, mais Maxwell craint que Hugo ne le quitte. Silvester, un autre ventriloque, s'inquiète de la santé mentale de Maxwell et tente de l'aider. Maxwell pense que Silvester veut voler Hugo et l'abat. Il est emprisonné, ce qui conduit à :

     

     

    Cette scène finit très mal pour Hugo – mais une bonne marionnette ne se laisse jamais abattre...

    Il y a beaucoup de Hugo Fitch dans Fist. Les deux sont agressifs, arrogants, égoïstes et très difficiles à vivre. Les deux ont des relations très conflictuelles avec leurs homologues humains. Et les deux veulent la seule chose qu'ils ne peuvent pas avoir : vivre leur vie selon leurs propres termes.

    La grande différence entre eux est le genre. Hugo Fitch est une marionnette d'horreur. Il est terrifiant parce qu'il est soit un symptôme de la désintégration psychologique de Maxwell, soit une entité surnaturellement indépendante à part entière, ou peut-être même une combinaison des deux. Lorsque nous le regardons, nous voyons quelque chose qui brise notre sens de la stabilité et de l'ordre du monde.

    Par contre, Hugo Fist est une marionnette de science-fiction. Il est terrifiant parce qu'il est une IA militaire (plus ou moins) psychotique. Il ne menace pas Jack ni le monde de Station de la manière dont Hugo Fitch menace Maxwell et la perception  de notre monde. Station : La Chute n'est pas une histoire à propos d'une dépression ou d'êtres surnaturels, même si elle contient des personnes brisées et des morts qui se relèvent et se promènent à nouveau.

    Fist véhicule aussi des idées que Hugo Fitch n'aurait jamais pu exposer. L'une des choses qui m'a aidé à comprendre ça est une autre marionnette de ventriloque. Cette fois, elle existe vraiment : Stookie Bill, la toute première star de la télévision.

     

    2) Stookie Bill, première émission télévisée

     

    Stookie Bill était la marionnette du ventriloque John Logie Baird. Il n'était qu'une tête, mais il a joué un rôle très important dans l'histoire de la technologie. En 1924, son visage légèrement brûlant a été la première image jamais vue à la télévision.

    Baird a dû utiliser une marionnette parce que sa plate-forme d'éclairage était trop chaude pour être supportée par un être humain, et, de toute façon, le détail du visage humain était trop subtil pour apparaître sur sa transmission à faible contraste. Il est intéressant de noter que, dès ses commencements, la télévision a trouvé que l'artificiel était plus facile à traiter que le réel.

    Stookie Bill est un objet de culte pour les marionnettes de Station : La Chute. Elles le considèrent comme leur premier précurseur virtuel et l'adorent comme un dieu. Je ne sais pas ce qu'il a vraiment fait pour eux, mais, moi, il m'a beaucoup aidé.

    Penser à lui m'a aidé à réaliser combien une marionnette de ventriloque est un symbole efficace de la technologie. C'est une chose inerte sans existence indépendante, mais une fois animée par un utilisateur humain, elle prend vie de manière imprévisible et très souvent incontrôlable.

    Et ce sentiment d'essayer de gérer l'incontrôlable m'a amené à ma prochaine marionnette : le bouffon en bois de l'étonnant La Leçon Faust de Jan Svankmajer.

     

    3) Le Bouffon, La Leçon Faust de Jan Svankmajer

     

    La Leçon Faust de Jan Svankmajer est un autre film qui m'obsède depuis que je l'ai vu pour la première fois. C'est une refonte profondément surréaliste et merveilleusement inventive de la vie et de la mort du Dr Faustus. Avant même d'arriver à Hugo, il a eu une grande influence sur Station : La Chute.

    En partie, Station : La Chute est une réécriture de l'histoire de Faust. Jack Forster est Faust et Fist est Méphistophélès. La licence de logiciel foireuse qui est sur le point d'effacer l'esprit de Jack et de donner son corps à Fist est une version technologique du pacte que Faust a fait avec le diable : sept ans de pouvoir, puis tout est perdu.

    Et, bien sûr, l'histoire de Faust elle-même est une autre façon de penser à la technologie. Avec une grande connaissance vient un grand pouvoir. Mais, tôt ou tard, il faut payer la facture. Le diable exige toujours son dû – quelque chose que nous, en tant que culture, pourrions être sur le point de découvrir, puisque notre écosystème poursuit son crash technologique.

    Quoi qu'il en soit, c'est une vision à très grande échelle de Faust. Vous avez également besoin d'une compréhension ferme des détails pour rendre les choses vraiment convaincantes, et c'est ce que j'ai obtenu de Svankmajer en particulier. Quand j'ai regardé La Leçon Faust, j'ai été fasciné par le Bouffon – et ses autres marionnettes – à cause de leur présence physique. Les voici en action :

     

     

    Les petits détails de leurs mouvements – la bouche, le tapotement des pieds de bois, le mouvement maladroit des articulations artificielles – tout cela a nourri Hugo Fist. Regarder le Bouffon et les diables qu'il convoque m'a aidé à comprendre comment faire pour que Fist ressemble à une présence absolument réelle.

    Mais qu'en est-il du côté le plus émotionnel des choses ? C'est là que de notre collection de marionnettes surgit...

     

    4) Nina Conti, son singe et les marionnettes de Ken Campbell, La voix de son maître

     

    Parmi beaucoup, beaucoup d'autres choses remarquables, Ken Campbell était un excellent ventriloque. Il a appris cet art à Nina Conti et elle est, elle-même, devenue une remarquable ventriloque à part entière. Elle a fini par penser qu'elle avait poussé l'art du ventriloquisme aussi loin que possible. Elle était sur le point de le dire à Ken Campbell quand – hélas ! – il est mort.

    Elle a alors découvert qu'il lui avait laissé toutes ses marionnettes. Après avoir été son élève, elle est devenue son seul héritier ventriloque. Elle ne savait pas vraiment quoi faire ensuite. Elle a fini par réaliser La voix de son maître (Her Master's Voice), un documentaire dans lequel elle emmène les nombreuses marionnettes de Ken Campbell à une convention américaine de ventriloques et essaye d'accepter son chagrin et l'héritage de son mentor.

     

     

    C'est un film irrésistiblement brillant – sauvagement drôle, exaltant d'une manière très honnête et profondément triste. C'est aussi une exploration merveilleuse des relations étroites qu'un ventriloque de génie peut entretenir avec ses marionnettes.

    Le regarder a été une expérience très émouvante. Je l'ai vu après avoir fini Station : La Chute. Donc, plutôt qu'une influence, ç'a plutôt été une confirmation. La relation de Jack et Fist évolue et devient plus profonde au fur et à mesure que le livre avance.

    Comprendre les relations de Nina Conti avec ses propres marionnettes m'a rassuré sur le fait que j'avais fait mouche. J'avais réussi à capturer au moins une partie de la proximité qui peut se développer entre un ventriloque et sa marionnette. Et voici un bel exemple de cela pour terminer :

     

     

    (Publié pour la première fois sur le blog de Gollancz, avec leur aimable autorisation : https://www.gollancz.co.uk/2015/06/four-friends-of-hugo-fist-a-guest-post-by-al-robertson/)


    votre commentaire
  •  

    Le roman d'Al Robertson dans La biblio de Koko : « Station : La chute est un vrai bijou de lecture. »


    votre commentaire
  •  

    Station : La chute, sur SyFantasy : « Le coup de cœur de ce début d'année. » Et 10/10 !


    votre commentaire
  •  

    Station : La chute sur le Blog-O-Livre : « J’ai passé un très bon moment de lecture avec ce roman ».


    votre commentaire
  •  

    Mes vrais enfants

    Mes vrais enfants sur Hugin et Munin : « Des petits plaisirs, de grandes espérances, des malheurs… Patricia est superbement rendue. On y croit à chaque page. »


    votre commentaire
  •  

    Le roman d'Al Robertson se retrouve Auprès des livres : « C’est une critique assez féroce de notre société. »


    votre commentaire
  • [Deuxième post proposé et traduit par Al Robertson, à l'occasion de la parution de son premier roman, Station : La chute. Encore merci à lui.]

     

     

    J'aime les publicités dans la science-fiction, car elles peuvent faire tant de choses merveilleuses : elles peuvent construire des mondes, les subvertir et même les détruire.

    Regardons d'abord l’élaboration d’un monde. Les annonces publicitaires peuvent en dire beaucoup, très vite, sur un univers de science-fiction. Voici un de mes exemples préférés : une décharge d'information issue du Westworld original (oh, et je prends des exemples de films parce que les publicités sont avant tout visuelles et c’est chouette d’en regarder quelques-unes – et excusez-moi, je n’ai trouvé que des extraits sans sous titres ni doublage français).


    Eh bien, c’était  peut-être des robots...


    Les premières minutes de Westworld sont une longue campagne de promotion :




    Cette introduction fait un excellent travail de mise en place des lieux du film : on vous présente  très rapidement le monde médiéval, le monde romain et (bien sûr) le monde sauvage de l'Ouest. Mais elle agit aussi de manière un peu plus subtile. Elle vous fait progressivement vous sentir un peu mal à l'aise par rapport à ces mondes et aux gens qui les visitent. Ils ont tous utilisé la technologie pour vivre des fantasmes sans conséquence de sexe, de violence et de contrôle. Mais – en tant que spectateurs du monde réel – nous savons que les technologies tombent en panne et que les fantasmes, s’ils deviennent trop réels, peuvent échapper à tout contrôle. Et bien sûr, nous sommes tous naturellement suspicieux face à un enthousiasme aussi exagéré. L'annonce publicitaire se subvertit donc elle-même. Cela nous prépare à nous attendre à du grabuge, qui ne tarde pas à arriver dans le film.

    En fait, cette introduction permet d’élaborer le monde de Westworld de deux façons. Elle ne se contente pas de le décrire – elle indique également comment il va s’effondrer. Ce deuxième point est crucial. La publicité n'est pas seulement un outil de construction d’un monde très utile. C'est aussi un merveilleux outil critique du monde.


    J'achèterais cela pour un dollar


    Ce genre de critique imprègne les films RoboCop, des films qui savent très bien que la publicité nous montre ce dont  toute société se préoccupe le plus. Ils utilisent cette connaissance d'une manière violemment satirique. Voici une série d'annonces publicitaires extraites des films RoboCop originaux :





    Ces annonces publicitaires transpercent le monde qu'elles nous montrent. Les pubs pour le jeu Nukem et pour Magnavolt nous assènent son éthique de base – « Attaquez-les avant qu'ils ne vous attaquent ». Le spot pour Sun Block 5000 souligne la myopie personnelle et la cupidité irréfléchie des entreprises. Et le choc Godzillatastique du 6000 SUX transforme un petit plaisir égoïste en acte de consommation patriotique et fondé sur des principes (« Une tradition américaine - 35 litres aux 100 km »).

    Et bien sûr, comme toutes les meilleures satires, les films ne se contentent pas d'attaquer un monde imaginaire. Ils nous forcent également à réfléchir sur le  monde qui nous entoure. Qu’ont en commun notre propre marché libre, fortement privatisé, notre paradis écologiquement endommagé, et la dystopie de Robocop ? Dans quelle mesure ces publicités  pourraient-elles être insérées dans une coupure publicitaire actuelle ? On n’en est pas si loin, hélas !


    Quel logo d’entreprise courageux !

     

    Enfin, la publicité est une technologie de manipulation. Parfois, la manipulation est entièrement personnelle. Voici un exemple tiré de Serenity. Cette annonce publicitaire pour Fruity Oaty Bar contient un signal subliminal qui oblige River Tam à se révéler à l’Alliance :




    Elle regarde la pub, passe en mode combat et saccage tout. Le pouvoir de la publicité sur sa personnalité s’éveille, les méchants qui la poursuivent découvrent où elle se trouve et les clients (plus ou moins) innocents d'un bar se prennent une raclée.

    Bien sûr, l'annonce de River est une arme à un seul coup – elle est destinée à elle et à elle seule. Mais il existe de bien plus vastes apocalypses publicitaires. John Carpenter en a créé deux parmi les meilleurs. Voici tout d’abord la fausse pub la plus accrocheuse et la plus irritante jamais enregistrée :





    Dans le plutôt sous-estimé Halloween III : Le sang du sorcier, elle déclenchera toutes sortes de destructions quasi-païennes. Des tessons de Stonehenge, incorporés dans les masques de Silver Shamrock Halloween, seront activés par la publicité, lançant des essaims d'insectes et des serpents afin de tuer beaucoup de personnes et rétablir ainsi Samain comme une sinistre et brutale célébration des ténèbres. Oh, et il y a également des androïdes pervers (en plus d'être plutôt sous-estimé, Halloween III est aussi plutôt fou).

    Et pour un aperçu plus complet – et plus purement SF – de la force destructrice de la publicité, il y a  le classique Invasion Los Angeles. Les extraterrestres ont conquis le monde ! Ils nous reprogramment tous ! Personne ne s’en est vraiment aperçu ! OBÉISSEZ ! CONSOMMEZ !

    Finalement, notre héros débarque, saisit la bonne paire de lunettes de soleil et comprend la vérité :




    C'est une belle scène. En dehors de toute autre chose, c'est un excellent commentaire sur la façon dont la publicité est omniprésente dans notre monde moderne.

    Imaginez qu’un parti politique ou une religion nous ait assené ses messages de la même manière – nous serions tous profondément préoccupés par le lavage de cerveau. Mais en donnant plein d'espace public à un tas de personnes hautement créatives et ayant une compréhension approfondie de la psychologie du consommateur dans le but de nous vendre beaucoup de choses dont nous pouvons ou non avoir besoin ? Cela ne pose aucun problème...

    Ces deux films sont extrêmement méfiants vis à vis de la publicité, la percevant comme un type de contrôle social qui profite au vendeur et nuit au spectateur. Ils n'utilisent pas la publicité pour critiquer la société – ils la condamnent en tant que force qui la brise. La publicité devient le Grand Méchant qui doit être combattu et vaincu avant qu'il ne nous détruise tous.

    C'est pourquoi je fais toujours attention à la publicité dans la science-fiction. C'est génial pour construire un monde, pour le critiquer ou pour le détruire. Et maintenant, je vais aller voir des publicités du monde réel. Après avoir regardé toutes ces publicités fictives, je suis bien curieux de voir ce que des pubs réelles ont à dire sur notre propre version de la réalité...

    (Publié pour la première fois sur Gamesradar, avec leur aimable autorisation : http://www.gamesradar.com/guest-blog-keep-watching-ads/)


    1 commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique